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Portrait

La description qui suit est extraite des « souvenirs d’un voyage à Constantine à travers les montagnes » du fils du célèbre, et néanmoins méconnu en Algérie, Hamdane Khodja, un authentique patriote. Il est l’auteur du « Miroir » livre dans lequel il dénonce la colonisation de son pays.
Hamdane Khodja s’était rendu à Constantine, en 1832, pour soumettre à son ami Ahmed bey les propositions de « paix » du duc de Rovigo alors gouverneur de l’Algérie. Son fils Ali l’accompagnait. Il devait avoir moins de vingt ans.             
                               












                                                                                                                   








 

« Je l’admirai beaucoup. Il est très petit de taille. Il a de grands yeux noirs énormes. Il a le nez assez petit et aquilin. Il a le teint bruni par le soleil, car cette couleur ne lui est pas naturelle. C’est un homme très coquet et d’une propreté exquise. Ses petites mains sont charmantes ; chaque phalange est chargée de petits poils noirs, lissés sur la peau, et qu’on a plaisir à voir. Quant à ses vêtements, ils ressemblent à ceux des Algériens ; ils sont tous brodés en soie. Par-dessus il porte un haïk qu’il drape très élégamment . Un cachemire lui sert de ceinture, et un autre de turban. Ses sourcils et sa barbe sont forts noirs. Il porte des moustaches énormes ; elles sont si longues que parfois, quand il est plongé dans ses réflexions, il les arrête machinalement au premier tour de son turban, en les caressant entre ses doigts. Je fus tout étonné de trouver en lui un jeune homme, et non pas un vieillard, comme je l’avais entendu dire. Il ne me parut pas avoir plus de quarante ans. Ses yeux ont une forte expression de cruauté comme les yeux d’un lion. Quand nous étions assis à table et qu’il fixait son regard sur moi, ma faim se passait, et je tremblais involontairement.Très certainement ses regards sont ceux d’un homme dangereux. Malgré cela, je ne puis m’empêcher encore de lui trouver une grande beauté."

"Extrait de « les Africains ». Ali Effendi Ben Hamdan Ben Othman Khodja.
Trad. F.de Saulcy. Metz, 1838.

Cette description semble très proche de la réalité sauf pour la taille, car Ahmed bey n’était pas aussi petit. D’après d’autres descriptions, il serait de taille moyenne , corpulent et doté d’une vigoureuse constitution. « Une véritable force de la nature » selon un officier français qui l’avait connu à Alger. Il pouvait tenir jusqu’à 48 heures à cheval, s’arracher une dent cariée en se servant d’une ficelle attachée au chien d’un pistolet et, en cas de blessure, il pouvait se pratiquer lui-même une incision au fer rougi sans gémir. Sa démarche était naturellement majestueuse, force le respect, mais aussi la crainte. Toujours élégamment vêtu et d’une propreté méticuleuse. Sa barbe était longue, noire et taillée  à « l’arabe» par contre ses moustaches , qui ne seraient pas si énormes, étaient à la mode turque. Son regard était insoutenable, parfois « cruel », mais brillant d’intelligence. Sa voix était forte et claire.

C’est ce portrait d’Ahmed bey qui est accroché au musée de la résistance à Alger. Mais il ne ressemble pas aux descriptions faites de lui par ses contemporains algériens. A moins qu’il ait été dessiné pendant qu'Ahmed bey était détenu à Alger, malade, amaigri et à l’article de la mort.