« Je l’admirai beaucoup. Il est très petit de taille. Il a de grands yeux noirs énormes. Il a le nez assez petit et aquilin. Il a le teint bruni par le soleil, car cette couleur ne lui est pas naturelle. C’est un homme très coquet et d’une propreté exquise. Ses petites mains sont charmantes ; chaque phalange est chargée de petits poils noirs, lissés sur la peau, et qu’on a plaisir à voir. Quant à ses vêtements, ils ressemblent à ceux des Algériens ; ils sont tous brodés en soie. Par-dessus il porte un haïk qu’il drape très élégamment . Un cachemire lui sert de ceinture, et un autre de turban. Ses sourcils et sa barbe sont forts noirs. Il porte des moustaches énormes ; elles sont si longues que parfois, quand il est plongé dans ses réflexions, il les arrête machinalement au premier tour de son turban, en les caressant entre ses doigts. Je fus tout étonné de trouver en lui un jeune homme, et non pas un vieillard, comme je l’avais entendu dire. Il ne me parut pas avoir plus de quarante ans. Ses yeux ont une forte expression de cruauté comme les yeux d’un lion. Quand nous étions assis à table et qu’il fixait son regard sur moi, ma faim se passait, et je tremblais involontairement.Très certainement ses regards sont ceux d’un homme dangereux. Malgré cela, je ne puis m’empêcher encore de lui trouver une grande beauté."
"Extrait de « les Africains ». Ali Effendi Ben Hamdan Ben Othman Khodja.
Trad. F.de Saulcy. Metz, 1838.