Son ascension
À partir de 1821, il fut successivement désigné khalife (lieutenant) par les beys Ahmed Mamelouk, Mohamed el Mili et Braham El Gharbi. « Ce dernier était d’un caractère indolent, peu versé dans les affaires administratives, mais doué d’un esprit droit, ennemi de l’injustice (...) À son khalifat, Hadj Ahmed, incombait tout le soin des affaires » (E.Vayssettes)
Tout allait bien jusqu’au jour où il échappa de justesse à une tentative d’assassinat orchestrée par le parti turc, dont le chef était Mahmoud fils de Tchaker, ancien bey tyrannique. Il s’enfuit de la ville, de nuit, en empruntant les pentes dangereuses et vertigineuses qui plongent vers le Rhummel et s'exila à Alger auprès du dey Hussein qui le mit sous sa protection.
Le bey Manamani remplaça El Gharbi et désigna Mahmoud Tchaker son Khalife. Ce Mahmoud se montra aussi tyrannique que son père.
Tandis que Hadj Ahmed rongeait ses freins à Alger, les beys se succédaient à Constantine. Sous leur règne, la population était écrasée par de nombreux impôts et amendes injustifiés. La corruption, l'arbitraire et les violences exercées par les Janissaires étaient la règle dans la province. Le bey Manamani était le pire d’entre-eux. Tous ces excès ont fini par révolter la population qui se plaignit à Hussein dey. Celui-ci releva Manamani de ses fonctions, le jeta en prison et nomma à sa place le jeune Ahmed ben Chérif. (1826)
E. Mercier souligne "Qu'a l'arrivée de Ahmed bey le parti turc fuit la ville. "
Par parti "turc" comprenez les Turcs, mais aussi des notables maures ou kouloughlis et des chefs de tribu, adeptes du système « maffieux » des Janissaires.
Seule la milice des janissaires échappa à ce nettoyage, car Ahmed bey n'avait aucune autorité pour sanctionner ses membres. En effet, les Janissaires dépendent directement du dey, auquel d'ailleurs, ils n'obéissent qu'en fonction de leurs intérêts immédiats.
Ce statut d'intouchables allait leur permettre de fomenter des complots, assortis de menaces de mort, contre Ahmed bey qu'ils haïssent, parce que Kouloughli, et qu'il contrarie leurs funestes entreprises contre la population.
Décidé à mettre un terme à leurs agissements il se rendit à Alger (1827) pour s'en plaindre à Hussein dey et lui demander la permission de juger et de châtier les membres criminels de la milice. Une demande audacieuse, mais il sut convaincre le pacha qui accepta, car lui-même ne supporte plus les Janissaires.
De retour à Constantine, et « Pour rétablir l'ordre Ahmed bey fit tomber plusieurs têtes de Turcs et d'Arabes compromis dans les derniers désordres, intrigues, débauche… signalés à la vindicte populaire. « (Vayssettes)
Une fois débarrassé de ce parti, E. Mercier raconte : « Le bey convoque les chefs de tribus et s'entend avec eux. Il destitue ceux qui se sont alliés au parti turc et essaye de mettre un terme aux querelles intestines chez les Mokrani, les H'nancha, les Harras…(H'racta ?) par des moyens pacifiques, ce qui est rare à cette époque ».
Selon Vayssettes « Dés qu'il eut pris en main les rênes de son gouvernement, Ahmed bey administra la province avec une fermeté et une droiture dont on trouverait peu d'exemples chez ses prédécesseurs. Sévère, mais équitable dans ses jugements, il sut mettre un terme à l'oppression et à la tyrannie que , sous son faible prédécesseur, certaines familles avaient pu exercer impunément. Les hommes de désordre et de violence furent obligés de se tenir cachés ou de fuir. Des améliorations importantes furent introduites dans la perception des impôts. Les finances, que nous avons vues précédemment dans un état si déplorable, s'accrurent avec tant de rapidité que le trésor public regorgea bientôt de richesse »
Ce témoignage honnête de Vayssettes (qui était néanmoins favorable à la colonisation), est confirmé par des sources algériennes. Ainsi cette pétition adressée à Hussein dey par les habitants de la province de Constantine :
« Depuis l'époque de Salah bey nous étions considérés comme inexistants jusqu'à la désignation de Hadj Ahmed, celui-ci a pacifié la province et donné de l'espoir aux désespérés. Alors, nous nous sommes préoccupés de construire des maisons, de faire jaillir l'eau et de cultiver nos terres. Tout cela nous a été rendu possible grâce à dieu et votre choix en la personne de Hadj Ahmed. Que Dieu vous récompense « . (Le beylik de Constantine... A.TEMMIMI.p.61)
Cet autre témoignage du Mufti de Annaba, ex-Bône, Mohamed Annabi :
» Lorsque la grâce de Dieu nous envoya cet Émir (Hadj Ahmed) il a tâché de pacifier le pays et les gens, n'a pris que le hokor de la terre, la zakat et les coutumes des cheikhs et des walis ; ainsi, la population se tranquillise…Hadj Ahmed s'est occupé du pays, s'est employé à bien diriger les marchés et les gens, a annulé les gherama (impôts), a empêché les injustices et la (circulation de la) mauvaise monnaie ; il a fait fréquenter les marchés par les habitants du pays, marchés qu'il a inondés de marchandise et provisions, en vue de les enrichir… ainsi les prix des marchandises ont baissé chaque année et le gain a profité (à tout le monde) ; l'agriculture a été épargnée de la A'da, les savants ont été honorés de bienfaits, de faveur et de grâce… » ( A.TEMMIMI.p.62.)
Est-ce là le portrait d'un "tyran sanguinaire" comme le décrivent les Ferraud, les Galibert et autres chantres de la colonisation?