Ahmed bey face au débarquement
Après avoir mis de l'ordre dans la province, Ahmed bey se rendit à Alger au mois de juin 1830 pour remettre au trésor public " la lezma" (appelée aussi " denouche ") Une contribution en espèce et en divers produits que chaque bey devait verser en personne une fois tous les trois ans.
Dans ses " mémoires " Ahmed bey raconte :
" Je m'étais rendu à Alger pour accomplir le denouche (…) J'étais bey de Constantine depuis quatre ans. Je ne m'étais donc nullement préparé à combattre les Français. Le dey Hussein m'avait cependant fait connaître leurs projets dans une lettre, il disait n'avoir aucune inquiétude ni pour lui-même ni pour sa capitale Alger. J'avais avec moi 400 cavaliers plutôt moins que plus "
A son arrivée, Alger (sous blocus français depuis 1827) était sous la menace d'un débarquement imminent de troupes françaises à Sidi- fredj, localité située à une vingtaine de kilomètres À l'ouest de la ville. Quelques jours avant, Hussein dey refusait de croire ses espions en France et ses conseillers que les Français allaient débarquer à Sidi-fredj. Il était persuadé qu’ils allaient se présenter face à Alger et que la puissance de feux de ses batteries côtières allait repousser l’ennemi comme l’ont été d’autres depuis des siècles. Pour tous les Algériens de cette époque Alger était une citadelle inexpugnable.
Hussein dey sous-estimait gravement les forces françaises. Il n'avait pas ordonné à Ahmed bey de venir avec l'armée de l'Est. Il était persuadé que les troupes d'Alger, celles du Titteri et d'Oran ainsi que les forces auxiliaires (venues de la Kabylie occidentale, de l'Atlas blidéen et du Sud) et les volontaires suffiraient à exterminer les soldats français s'ils débarquaient. Néanmoins, il demanda à Ahmed bey de se rendre sur-le-champ à Sidi-Fredj où il doit y rencontrer l'agha Ibrahim (chef d'État-major des armées) gendre d’Hussein.
" Je sortis promptement d'Alger et me portai vers le point où l'armée s'était rassemblée : l'on y tenait un conseil pour savoir quel parti qu'on prendrait pour assurer la défense du pays, et à ce conseil assistèrent avec moi l'agha Ibrahim, beau-fils du dey, le bey du Titteri Mustapha (Boumezrag), le khodja el Khil, le Calife du bey de l'Ouest. La conférence eut lieu près de Sidi-fredj. Le gendre du dey commença ainsi " Il faut construire des redoutes sur le bord de la mer, les armer de batteries formidables afin d'empêcher les Français de débarquer ".
Cet avis est sage, répondis-je, mais l'on ne peut agir immédiatement comme vous nous le proposez, car vous n'avez pas les moyens d'établir promptement les batteries dont vous parlez. Comment, en effet, transporter ici les canons et les munitions dont vous avez besoin ? Il n'y a à Sidi-fredj qu'une vieille tour en ruine, et pour la remettre en état de servir il vous faudrait des mois entiers. Vous vous êtes pris trop tard. (…) Si nous mettons toute notre espérance dans les redoutes et les batteries, vous ne l'emporterez pas, car le feu des vaisseaux français détruirait tous ces ouvrages établis à la hâte, et vous auriez travaillé en pure perte. D'ailleurs, vous ne pouvez armer vos batteries sans dégarnir Alger qui doit être le point à la défense duquel vous devez vous attacher"
Ahmed proposa un autre plan, ainsi résumé :
1) Attaquer les soldats qui débarqueront jusqu'à empêcher leur entreprise.
2)Si les Algériens ne peuvent s'opposer à leur débarquement, retirer l'armée vers l'oued Mazafran. Si les Français viennent à eux, éviter le combat et les entraîner sur un terrain favorable et loin d'Alger qui est leur objectif final.
" Pendant le temps qu'ils mettront à notre poursuite, vous concevez combien les français pourront perdre de monde par suite de la chaleur, de la privation d'eau et du manque d'une foule d'autres choses ;(…) et en outre nous aurons préservé Alger. Partons donc en arrière. Tel est mon avis " Mais dans l’hypothése où les Français marchent sur Alger, les Algériens attaqueront leurs arrières.
L'agha Ibrahim rejetât catégoriquement ce plan en ces termes:
"Ne pas marcher droit à l’ennemi n’était pas d’homme de coeur (traduisez courageux) que Dieu ne manquerait pas de soutenir ceux qui, ayant confiance en lui, attaqueraient les infidèles à leur débarquement"
Ahmed bey poursuit:
"Cet appel à dieu fit une grande sensation sur l’esprit des assistants. J’eus beau employer le même moyen et représenter qui’il fallait laisser Alger sous la garde de dieu, qui en disposerait comme il lui semblera, on résista à mes raisons et il fut décidé qu’on marcherait à la rencontre des Français"